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du ginseng dans les voiles

Le frigo ronfle dans son coin, j’ai un peu froid aux pieds, je bois du ginseng tous les matins pour me remettre à flot, j’ai perdu un baluchon avec mes clefs, papiers, argent, et téléphone, t’as déjà lu des bonnes histoires de naufrage ?

Ah tiens… des histoires de naufrages… Ça ne me dit rien, à part Robinson Crusoé, pour les pieds, j’ai un truc, les chaussettes.

J'ai mis des chaussettes, mais je me noie dans moi-même, je suis pas fière, tandis que le serrurier me crochète, c'est peut-être mon inconscient qui est inconsciemment perturbé, tout est possible, et toi tu vas bien ?

Ah oui, c’est chiant, ces petits bouts de vie éparpillés tout d’un coup. Moi, je n’ai pas de leçon à donner, mais ce genre de truc, quand ça m’arrive, je me dis que c’est un signe Ça permet de faire le point et de repartir. (je suis super positif comme gars). T’as essayé les objets trouvés ? Qu’est ce qu’il dit ton inconscient ?

Y a pas d'objets trouvés en Gelbique, mon inconscient est formel. On est un peu pareils en fait, c'est dingue, moi aussi je me dis que c'est un signe, mais un signe de quoi? La tentation que ce soit un signe que ça sert à rien de faire des remous dans tous les sens quand ta vie ne tient (aussi) qu'à un portefeuille un sandwich une paire de clefs, Mais non, je veux fendre le vent de face, même si ça fait trois fois que le serrurier va et vient, malheureusement pas entre mes reins bien qu’à ce prix-là, je pourrais exiger certaines compensations.

Ah, j’aimerais bien me défaire de tout un tas de choses, je crois que si je vivais tout seul, j’aurais juste un lit une table; quelques chaises des livres et des disques. Hier sur canal +, il y avait une émission sur le travail, vraiment bien, un type disait que si tout à coup on arrêtait tous de désirer avoir le dernier truc pour remplacer un à peine plus vieux (genre écran plat), la société entière sombrerait en une seconde. Un naufrage high tech. Tu te noies dans toi-même ? Explique. Sans ellipse.

Pourquoi sans ellipse? C’est pas sûr que je sache, pourquoi quelques chaises ? Des coussins ne te suffiraient pas ? Bof, j’ai envie de faire des choses que je ne fais pas, et j’en fais d’autres qui m’occupent sans que j’en vois la fin, vogue la galère, et quand je commence enfin à faire ce que je veux, je prends l’eau et je dois écoper, je n’y arrive plus, c’est minuit et je ne dors pas par la suite parce que j’ai le mal de mer au cœur, mais je n’ai pas d’écran plat, et toi ? Ça t’arrive de te noyer dans toi-même ?

Des chaises, pour mettre autour de la table. Je n’ai pas d’écran plat. Ou alors, ni table, ni chaise, juste des coussins. Quand j’ai voulu en acheter un, j’ai trouvé ça très compliqué à choisir. Ben oui, moi aussi, évidemment, je me noie dans moi-même, comme tout le monde, j’ai l’impression, ça doit être l’époque, j’ai plein de trucs à faire, et j’avance pas, je me dis tout le temps que j’ai le temps, à tel point que je finis par être en retard, j’ai des factures à faire, d’autres à payer, j’arrive pas à m’y mettre, je sais même pas par où commencer, des fois je fais des listes "trucs à faire cette semaine", et puis je perds la liste, moi je commence à en avoir marre du monde, je sors plus, je vais plus voir de concert, hier il y avait une dame de 50 ans, dans l’émission, qui venait de perdre son emploi à la suite de la fermeture de son usine, elle disait qu’elle y avait passé 30 ans, et qu’elle venait de s’apercevoir à quel point ce truc, tous les jours, avait pris de l’importance dans sa vie au point que c’était devenu sa vie (la seule constante), elle s’en était jamais rendu compte, parce que prise dans le truc, et elle finissait en disant : je me rends compte que je n’ai rien fait de ma vie (j’oublierai pas son regard). C’était assez terrible. Et des fois, je me dis que je ferais bien de m’arrêter un peu, histoire de me demander ce que j’ai envie de faire. En même temps, l’espèce de mythe "réussir sa vie", je sais pas du tout à quoi ça peut ressembler.

C’est ça, je me suis évitée pas mal de ces trucs qui font qu’on ne sait pas où donner de la tête, j’ai mené ma barque sans le stress de l’adrénaline de la mort du travail, j’ai pas ça, mais ça simplifie pas la traversée, je prends tellement mon temps que c’en est pas possible, et surtout, quand il s’agit d’être drowned, c’est plus une atmosphère pascalienne, d’un coup tu serais capable de faire n’importe quoi pour prendre le large, briser tes serrures, alors que tout ce qu’on fait, ça empêche jamais de sortir de son corps.

Ah oui, mais bien sûr, c’est toujours pareil, mais le travail, c’est un excellent moyen de s’oublier (régulier, quasi obligatoire, donc on se pose pas de questions, on y va…. Mais ça ne veut pas dire du tout que si tu travailles pas, ça règle tout. Ceci dit, j’ai un copain qui a décidé de ne jamais bosser et qui y arrive très bien (fais-moi penser à te raconter un jour où on aura le temps, ça vaut son pesant de ce que tu veux).

Tout ça pour dire, que tout va bien, objectivement, note quand même que je n’ai rien contre les possesseurs d’écran plat, chacun son trip, mais que si tu vas pas bien, et surtout après ce qu’on vient de dire, il faudrait pas noyer le poisson, mais évite le ginseng. J’en ai acheté dans un magasin bio, le truc dont tout le monde parle, je me dis tiens, t’es down, j’aime bien jouer sur différents plans quand je suis down, le symbole d’une cure pour hisser les voiles, et j’achète ce truc alors que c’est quand même pas mal cher, et je commence ma cure le lendemain matin c’est infect, c’est macéré dans du vin blanc, en plus y avait un disque de musik zen gratuit, le tout à gerber ton mal de mère.

Ah ben le ginseng, je crois pas que j’y toucherai à part en packaging, (je fais aussi dans le shii-ta-ké, le noni et la sève impériale). Et je me suis déjà vautré dans la musique Nature et ascenseurs, c’était pas dans mes moments les plus glorieux, niveau design (j’ai même fait des CD de musique ethno-folklorico-synthétique avec une pastille qui sent bon pour tenir le disque (ceci restera entre nous, bien entendu)

J’adore ce que tu fais, moussaillon, une pastille qui sent bon, ils ont de la chance, génial le mec qui veut pas ramer, je dis bravo, c’est pas comme mon serrurier, le ginseng ça pue, je m’étais dit quelle bonne idée, c’était pas une bonne idée, la petite rasade de vin blanc dég à jeun, c’est pire que de boire la tasse, en plus je suis têtue, je l’ai, je le prends même si ça me chavire, oui, je finirais cette bouteille, il fait gigolo ?

Non, il fait pas gigolo, mais il mange gratos, il a un appart à Marseille qu’il paie moins cher que les allocs qu’il reçoit, il voyage gratos aussi (ce qui fait qu’il est capable d’aller à Istanbul boire un café et s’acheter une chemise, par exemple), c’est un mec très très démerdard. Il vit très bien, au soleil. Il va bien.

grizxxl on 26.10.06 14:03


le cul entre deux crèmes

Il y a des promos sur les tranches de fromage sans odeur, tous les frigos sont remplis mais ça sent rien, je marche comme une mouche en pensant à toi, entre les régiments de yaourts aux kilocalories précisément décomptées, calcium et vitamines, je frissonne au contact des allégés, j’attrape des crèmes au chocolat et des petits suisses, il serait temps que tu me confesses tes envies avec ou sans matière grasse.

Oh moi, j’ai envie de vite fait qui fait pas de miettes, pour manger devant le foot, comme un homme, ça me fait plaisir que tu penses à moi au rayon light, et pas au rayon charcuterie, les petits suisses sont éliminés sans prendre un but, si tu passes au rayon bière et chipsters, pense à moi, encore.

Ça existe les yaourts qui font des miettes ? Qui t’a dit que j’aimais le vite-fait sans miettes ? Je vois que ta virilité a encore besoin d’un petit coup de pouce pour admettre que les femmes aussi se pâment de chipsters devant le foot, le courage de déboutonner ton côté alpha, je vais déjà te prendre de l’oméga 3 pour le cholestérol.

On me répète que les filles regardent le foot, aucune autour de moi, mon taux de cholestérol s’est envolé, la faute au foot, à croire qu’elles se cachent, les filles du foot, trop de chipsters, j’aimerais passer aux laitages supérieurs, mais il y a trop de marches, et pas assez de volonté, tu pourrais attendre la mi-temps pour me déboutonner le côté alpha, je suis un peu tendu, là.

Le rayon charcuterie me tend des bras père dodu, si tu tiens pas 45 minutes, et je succombe à son étreinte de champion du monde, n’oublie pas qu’il y a deux mi-temps, je me laisse tenter par les jambons, allez les cochons, tout va très bien se passer, les saucissons me font rosette, je repense à toi en voyant l’andouillette impassible dans le corner, mais y a plus de boudin en cette saison.

Je crois qu’il se passe un truc hormonal, chaleur plus football, en Allemagne, les psys pour couples sont débordés, véridique, première cause, les maris indisponibles, totally focused, je l’ai lu, deuxième cause, madame s’extasie sur le jambon sans phosphate de footballeur non confiné, et monsieur s’agace en faisant de la couenne dans le canapé, ouvre-moi donc une bière, sinon, privée d’andouillette.

Totally faux cul toi-même, je zappe le rayon des boniments, si j’ai envie de te rentrer dans le lard, je passe directement aux condiments à hormones, l’extase viendra avec quelques subterfuges, la moutarde me monte au cervelet, ça s’appelle le capitalisme coïtal, le syndrome deviens ce que zizou est, tu n’as droit qu’à l’eau minérale, mais en contrepartie je t’achète le même gel douche que lui, ça devrait faire l’affaire, avec un bocal de cornichons.

Ravale tes subterfuges, l’extase vient au coup de sifflet final, je les ai entendus samedi, fin du match, orgasmomètre explosé, sur cette petite terrasse du XIXe, arrondissement, des cris d’un autre siècle, tous dans la rue derrière la haie, je ne les voyais pas, ça ahanait, je les ai entendus, tous ensemble tous ensemble, ouais, des animaux, des bruits de fornication, des cris d’amour, des orgasmes en rafale, rien à voir avec le capitalisme coïtal, il n'y a pas de théorie là-dessous, ni au-dessus, à droite, à gauche, ou alors une vague idée collectiviste primaire, tout le monde à poil, chouette, le gel douche de Zizou, ou bien des prémices Tayloristes antédiluviens, tous à la chaîne qu’on s’embroche, pourquoi des cornichons ?

J’ai mes petites obsessions, j’accepte volontiers de passer à la pratique, un cornichon c’est pas un subterfuge, quand c’est demandé si galamment, mais j’en avale volontiers à la pelle, je remplis mon caddy de superflu, je me laisse bercer par ton phrasé double x de fin de match, juste à la limite de faire pipi dans ma culotte, le glamour ne me lâche pas au rayon des détergents, si tu veux après je récure le frigo à la javel, effacer les traces un peu suspectes, à moins que tu préfères l’amour bestial, je me transformerai en phoque lubrique, avant d’arriver à la caisse.

Avaleuse de cornichons, ça ressemble à un numéro de cirque, TOUS DEVANT LA TÉLOCHE, sabre au clair, au foot comme à la guerre, sus à l’ennemi. Et laisse le frigo, le match est fini, j’en fais mon affaire, je récure, je dégraisse, je fais briller sans rayer, je fouille les bacs jusqu’à la dernière goutte, oublie la bestialité, je ne suis plus très phoque, on laisse tomber les fouilles, on abandonne la caisse, une clope et au lit, serrés transpirants.

grizxxl on 5.7.06 10:56


Moscas à Cannes

A force de se moucher, l’autre soir mon frigo m’a lâchée, pourtant c’était une star, marque goldstar, tu l’ouvrais c’était clair, une star sur le retour, les claies étaient rayées, le bac à légumes cassé, il aurait pas fait long feu sur la croisette, quand est-ce que les frigos seront primés à Cannes ?

On dit faire long feu, comme une mèche qui s’éteint avant de faire péter la charge, Goldstar, ça sonne déjà cinéma, comme Goldwin, on n’a jamais vu un frigo monter des marches, c’est LA raison, sinon, il y a longtemps que mon Ariston-alu-brossé, qui ne fait rien péter, mais qui fabrique des tomates poilues en moins de quinze jours, aurait été palmé.

On dit pas mal de choses qui ne veulent rien dire, le vieux goldstar gueulait la nuit, si tu vois ce que je veux dire, j’ai jamais compris son langage, sans oublier Metro et Mayer. Ne confine pas tes pommes d’amour, je voudrais pas qu’il y ait un malentendu, « j’aurais voulu être un aaartiste », si ça se trouve il avait du talent, ça se conserve en dehors du frigo, pour les laisser rougir, sinon les boules. Mais j’ai jamais supporté les braillards.

Les tomates qui moisissent, ça me rassure, tu aurais peut-être juste dû le faire lifter, j’ai eu des tomates-cerises Hollandaises qui restaient un mois sans mollir, c’est louche, ça sent le transgénique (Option : Être transgénial. Croiser mon Ariston avec Gina Lollobrigida), l’important chez l’acteur, c’est la façade, on se fout de l’intérieur, qu’il soit constipé ou fendu du bac à légumes, quelle importance ? Que ses tomates pourrissent ou qu’il bande mou, qu’importe l’ivresse, pourvu qu’on ait le flacon.

Les acteurs sont tous givrés, le goldstar mort a descendu les marches sans moufter, remplacé par un freezer plus doué, on lui avait pas sorti le tapis rouge, saloperie de goldstar, seuls les frigos se réchauffent en clamsant, il y a des stars plus ou moins chaleureuses, question de mamelles, mais celui qui te plante sans prévenir pour cause de nervous breakdown, tu peux oublier les rafraîchissements.

Mon frigo ne chante pas, il fait du froid sans mot dire, j’aimerais bien qu’il parle, comme les toilettes Japonaises, il est couvert de lettres aimants multicolores en désordre qui ne disent rien non plus sauf parfois, il fait juste son boulot de frigo Stakhanov-style, plutôt bien, malgré les années, mon frigo n’est pas un artiste, c’est un frigo ouvrier, c’est moi le patron, je le remplis, je le vide, je me remplis, il bronche pas, travailleur, pas un débrayage, jamais en grêve, pas syndiqué, très lisse, très poli, une machine.

Je n’ai rien contre le star system, débranche-le pour voir, je suis allée à Cannes une seule fois dans ma vie, pour voir ce que ça fait la vie sans étoiles, em m’a emmenée hors saison manger une pizza pas loin du palais, balance toute la clique à la poubelle, oublie le cinoche des superproductions lactées, tu découvriras la face cachée des steaks en smoking qui pue, les salades flétries malgré les sunlights, une énorme pizza qui a fait long feu, tu pleureras ta mère pour un navet.

Mais mon fridge est farci aux navets, rien que le bac à fromages, « jour de féta », « la soif du bethmale », «Brocciu du volcan», « Tomme Sawyer », «Livarot and let die », « le salers de la peur » et j’en saute, l’étage de la viande, un festival de carnes, je suis tout près de l’emmental disease, et mon cul, vers la toute fin, obtiendra sans problème une escarre à Hollywood.
grizxxl on 2.6.06 14:01


sous les jupes des chaises

Je me souviens de ce gars, rencontre du troisième type, quatorzième arrondissement, un dimanche à 4 du mat, un tout petit gars barbudo, casquette à pub et jambes nues, il porte une chaise sur le dos, il fait chaud-doux, ambiance mi-saison/jupes courtes sur le cul des filles, il mâche des grains de café, il m’arrête pour une clope.

Ah oui, quand les culs sont de retour, les journées à culs, dès le petit matin ça chauffe, la misère du monde, il suffit de sortir dans la rue et ils sont partout, les saisons à mendiants, ça commence très vite, ça ne s'arrête pas de sitôt, la bonne conscience du bon mendiant, et tous les mendiants chiants, qui vous collent au cul. t’as rencontré trois types ?

Les mendiants, j’en vois tous les jours, j’ai des habitués, celui à la jambe de bois, assis par terre, tous les dimanches, il me sourit du bout de la rue, un euro, merci, mais là, avec barbudo-casquetto, j’ai fait dans l’incroyable, il m’a parlé de Raymond Loewy, du design et de la poésie, trois heures de rang, il a bu des calvas, j’ai bu des cafés,

Tiens, tu l’as laissé boire tout seul. J’ai la mémoire qui flanche, je te raconterais bien mes histoires, la misère du monde, le mendiant qui gueule et celui qui rit, mais c’étaient des non-rencontres, le problème anal de la rencontre. Quand on ne boit pas, ou quand on boit trop, mes mendiants silencieux, celui du banc l’année dernière à paris, et l’heure passée avec Rachid à la gare du Nord,

on est entré chez des gens pour manger du saucisson, 5 du mat, maison décrépie, un vieux bonhomme et sa poule chinoise à moitié nue, tu mets des jupes, toi? Vin blanc à 5.30, on a lu, il est allé chez le coiffeur, calva again, il était saoul, comme un Polonais, il était Polonais, on s’est battus, je suis rentré.

Chez le coiffeur à 5.30 ? Tu me donneras l’adresse, j’aime pas aller chez le coiffeur, mais au lever du soleil, ça doit changer un peu les choses, quelle nuit, mais quelle nuit, bien sûr que je porte des jupes, et les malfrats de Strasbourg, ils nous ont emmené voler des vélos, tu l’as jamais revu ?

Je ne sais plus ni l’heure, ni l’ordre des choses, et puis je suis rentré, le calva au petit-déj, non merci, je ne mets jamais de jupes, j’ai tout payé, les cafés, les calvas, il avait pas un radis pour le coiffeur, il a laissé son imper en caution et on s’est cassé, F dormait encore, je me suis recouché, t’as volé un vélo ? J’ai cru que j’avais rêvé, quelqu’un m’a parlé d’un drôle de type avec une chaise sur le dos, c’était lui, je l’ai jamais revu.

C’est comme ces culs qu’on croise qu’une seule fois, des jupes fluides, j’ai volé plusieurs vélos, la plupart des culs qu’on croise, misère, des jupes trapèzes, le rêve, assis sur le trottoir, mais ceux-là, je les ai pas volés, des jupes immorales, je le jure, il suffit de sortir. Je veux bien être confessée en jupe.

Je n’ai jamais volé de vélo, je ne sais pas pourquoi, à Paris, tout le monde se sert, on t’en pique un, t’en tapes un autre, économie sous-terraine, je me suis attaché à quelques culs, jamais à des objets, la propriété m’ennuie, des vélos pour tout le monde, je vote pour, et rien sous les jupes, pour aussi, deux fois pour.

Ce sont les deux types, et la grande aventure des culs misérables, on jouait en attendant Godot sur les quais à 3 heures du matin, quand on attend dehors, c’était l’hiver, et que les culs sont différents, extérieur nuit, puis on s’habitue, le spectacle de rue, la misère mal planquée par les jupes.

Les culs sont pareils partout, les clochards aussi, à part celui avec la chaise dans le dos, moi, j’ai le cul tout plat, il croquait des grains de café et je n’ai jamais volé de vélo, je ne sais pas pourquoi, alors que de vélo à volé, il n’y a qu’un contrepet, je serais incapable de reconnaître un cul, je crois.

Les types se sont arrêtés en bagnole pour nous regarder, j’ai le cul tout rond, tu devrais faire plus attention, ils avaient des sales tronches, attention aux culs, c’est un tel plaisir de comparer les culs, probablement qu’on a parlé de vélos, mais on voyait trouble, ils ont dit qu’il suffisait d’aller en voler, ils avaient du culot. On est parties avec eux.

grizxxl on 11.5.06 18:03


noyer le poisson sous l'époisse

Ça sent le chlore sur ma peau, au creux du bras, ça commence à gratter un peu, ne pas gratter, une odeur bien pratique pour désinfecter, il suffit de tartiner de crème hydratante. Ça sent le fromage au frigo, une odeur bien pratique pour empester. J’ai rien d’une mouche tout m’échappe, ces mouches attirées par la merde, par tous les corps suintants, les fromages revendicateurs enfermés dans les frigos mais prêts à descendre dans la rue, alignés sur les trottoirs avant la beine.

Cl, c’est l’élément simple, HCl, la formule de l’acide chlorhydrique dissout dans les piscines pour faire baisser le pH, il doit y avoir une formule chimique qui produit l’odeur du fromage Belge, mais Bruxelles, la France, juste quelques kilomètres, j’ai encore le souvenir précis du fumet de ce vieux Samer, fromage flamand, un frigo ouvert dans les environs d’Arras, plusieurs suicides par noyade volontaire dans les canaux de Bruges, forcément.

Comment ça forcément ? Tu t’improvises chimiste, je ne connais qu’H2O, bien que côté géographie, ça me laisse perplexe les canaux de Bruges qui trouvent leur source dans un frigo à Arras. Limite limite, tes histoires en eau trouble, ça me rappelle le journal de 20 heures, un peu. Quand tu dis forcément, tu dis que c’est sûr, ou que c’était forcé, comme noyade ? Je veux bien flotter au large, si tu me laisses pas sur ma faim.

Mais t’as toujours faim ? Qu’est ce que tu veux que j’y fasse ? Évite absolument le Samer, ou alors fais descendre avec un grand verre d’ammoniaque (NH4OH), faire fuir la toxoplasmose, vermifuger, blanchir, évacuer, nettoyer, laisser la place nette, évite aussi le Vieux Lille, on en fait des caisses sur le fromage Corse, mais l’ennemi, c’est le vieux Lille, j’ai survécu aux Corses, mais j’étais plié en deux chez le médecin un lendemain de Vieux Lille, juré craché vomi, évite, à tous prix.

Je pourrais prendre la mouche, mais tu sais j’ai touché à des munsters cathodiques, des époisses fractals, sans compter les vieux picodons médiatiques, bref, je suis immunisée contre la toxoplasmose et le cytomégalovirus, je nage deux fois par semaine en eau froide, je prends des bains sans foule bouillonnants bouillants, j’évite d’écrire « mais » trois fois dans une phrase, deux suffisent, qui sont ces suicidés forcenés de Bruges ?

Je ne sais pas, sans doute une légende urbaine, un truc que j’ai peut-être inventé, mais ça fait toujours plus vrai que quand on en parle à la télé, je lis please kill me, on dirait que ça va me plaire, mais je n’en suis pas sûr encore, je mange du bœuf au piment, c’est tiède, mais épicé, je n’ai pas de problème avec les mais, mais, mais, avec les mais, fais ce qu’il te plaît.

Avec du maïs comme le sous-commandant ? Chacun son truc. Il ne reste plus grand-chose au frigo, à part du froid et ce fromage qui pue, je me demande qui achète encore des boîtes de conserve, le maïs spongieux et les carottes molles de la crise, j’en ai mangé des haricots verts filandreux en cannette en regardant la télé après la piscine. Temps révolu des conserves quand Mexico tremblait, les otages du Liban, je regardais le début de tout, je ne mangeais pas de fromage politique, une erreur de jeunesse, et me barrait lire Pagnol, Cigalon, une histoire de conserves périmées au soleil.

Je dis mais, pas maïs, i, pas ï, une barre borgne, je ne comprends rien à cette histoire de carotte molle de la crise, quelle crise ? La crise de la quarantaine ? On a la carotte molle à quarante ans ? Ma télé ne marche plus, je survis très bien, encore cinq ans, un problème d’antenne, je crois, cinq ans à faire le cerf, ou alors un problème de prise, avant la débandade.

Je reviens de la piscine, se tremper dans l’eau, je vais regarder la télé, voir si les carottes sont cuites, le chlore reste, à défaut de tremper dans les manifs, je n’ai jamais touché une carotte de plus de quarante ans, je ne suis jamais allée à Arras manger du Samer. Il fait froid, je cours dehors vers le bassin, l’idée d’être un poisson d’élevage, ne pas se ramollir, je préfère l’immensité de la mer, j’aime tellement nager dans la mer, on pourrait se rencontrer à Arras, un jour. J’apporterai du Samer.

Ça marche, dès que je suis sur place, je te glougloute dans le sandwich, ou on se visiophone, je préfèrerais qu’on organise ça avec une vache qui rit, finalement, j’aime pas déranger, ni faire fuir, ni nettoyer le vomi.

grizxxl on 30.3.06 15:01


un antispyware au frigo

Tu n'as rien vu à Dublin / Comment va ta grand-mère ?

Ils vont détruire Lansdowne road / Arrête tu me brises le cœur

(Tu me fais du bien tu me tues)

Ça pourrait commencer comme du Duras, ils vont atomiser Lansdowne road, la campagne à la ville, il y a cette petite maison à colombages au bord du terrain, c’était du jamais vu, bim/boum/la maison, les gars, on va faire des loges, vitrées, climatisées, pour attirer le costard, des mouches dans des frigos, exit Guinness bonjour champagne, aux bords de pelouses, lentement, le tic-tac des Rolex éteint les odeurs de camphre et de sueur emmêlées.

Come on Ireland, j’écoutais le grondement de Lansdowne Road de mon jardin, du camphre ? On se promenait avec em le long du stade en rentrant du sea shore, c’était beau, c’était laid, j’ai pas senti le camphre, du béton inégal et des portes si étroites, des baraques à saucisses, ça sentait la mer, les algues, des stands de bière et tout ce vert partout, ou cet orange, couleur de supporters, le stade va être reconstruit.

Ballon ovale égale rebond capricieux, ma grand-mère est morte, passons à autre chose, s’il te plaît.

Passons, passons, d’accord, je suis désolée, mais à l’envers, ça se passe à l’envers le ballon ovale, je suis ovale et sa tête, la dernière fois que je l’ai vue, était ovale aussi, comme un ballon de rugby, c’est normal, a dit l’échographe, passons, je vais pas passer ma vie à te raconter mes entrailles, j’ouvre le frigo, j’ai faim.

Tiens, l’échographe lit l’avenir dans les entrailles, à Delphes, la Pythie arrivait, en mâchouillant une cuisse de poulet, « la Pythie vient en mangeant », je ne suis pas très fier de celle-là, le futur, faut s’y attendre, est caché dans un ventre de poulet, l’échographe est la Pythie moderne, peut-être, t’as filé une offrande à l’échographe ?

Une offrande, j’ai faim, et puis quoi encore, quelle offrande ? J’ai la carte SIS, l’échographe a un salaire moderne, je paye mes consultations par virement selfbank a posteriori en mangeant du poulet, je suis remboursée, pas complètement, la Belgique a équilibré ses comptes de séc soc, je dois réinstaller mon antispyware, ça pourrait finir comme du XFiles, t’as un antispyware au frigo ?

grizxxl on 8.3.06 11:53


Les mouches et les frigos, la grippe aviaire et le patinage artistique,

J’ouvre mon frigo, la porte est pleine, de la moutarde / mosterd, tout est bilingue, de marque delhaize, de la moutarde à l’ancienne maille, de la pâte de coing en cubes dans un pot de confiture, un bocal de gingembre / ingwer, maple syrup, sauce huitres / oester, fish sauce, lemon grass / zitronengras, du lait écrémé 365, du festin pour chat, 28% de poulet / kip, de la ketchup, yaourts, beurre, ice tea, une vieille cannette de kriek, des tranches de fromage en tranche, c’est tout.

A part la kriek, et encore, rien n’est périmé, je peux me préparer un repas complet de pâte de coing à la moutarde, et une sauce spéciale à l’huitre avec du sirop d’érables.

Il faut que j’écrive sur les mouches, ce frigo manque de mouche, des mouches dans les frigos, c’est un peu de vie dans un endroit mort, la lumière s’éteint quand la porte se ferme, comment en être sûr, ma mère n’a jamais voulu m’enfermer dans le frigo, je l’ai suppliée, pas question, je veux savoir, puisque je te le dis, il y a tellement de choses étranges dans ton frigo Griz, on dirait un placard d’envies de femme enceinte, ne me dis pas que, si, bon, le truc pour chat, c’est pour le chat, mais le reste, pas de quoi faire un repas, entrée, plat dessert, faut nourrir la mouche, là, dans ton frigo, il fait noir, ça s’allume quand on ouvre la porte, en Juin, ou par là.

Le dedans, le dehors, j’ai regardé le patinage artistique, des hommes et des couples, les hommes, c’était bizarre, en tenue très moulante, sur une musique très bandante, ils couraient sur la glace de long en large en se déhanchant, et sautaient en l’air, tournaient sur eux-mêmes, manquaient tomber, tombaient, c’est très ingrat.

L’imbécillité heureuse faite frisouille, Nelson Montfort, l’interview en creux, sourire ON, position bloquée, il y a du David Hamilton dans ce garçon, un peu flou, un peu niais, un peu poli, un peu lisse, comme la peau d’un bout de fesse virginale alors que toi, t’as quatorze ans, et tu voudrais voir les poils, et poli, c’est pas poil.

L’anecdote qui défrise, patinage dans la semoule volé dans Libé «…et parfois, Nelson se plante. Comme en cette mémorable finale de Roland-Garros 1995 perdue par Michael Chang qui remercie tout de même Jésus. Ce jour-là, Nelson a été magistral : « Et maintenant, Michael témoigne sa reconnaissance envers un certain Luigi que je ne connais pas. »… La chûte éliminatoire.

Les couples, la femme a le dos tendu par une lanière, elle met quelque chose sur sa tête pour ressembler à une princesse, par contre rien sur ses jambes jusqu’à son pubis qui est assorti à sa robe courte, elle court avec son partenaire, ils se jettent l’un sur l’autre sur une musique très entraînante, ça devient technique, l’homme porte la femme sur sa jambe, c’est un « porté », elle se relève sans effort et glisse autour de lui comme un serpent, soudain elle montre ses fesses, Nelson Monfort pousse un petit cri, c’est superbe.

Pendant ce temps-là, la grippe aviaire, enfin des actes, enfin des migrations un peu contaminantes, il y a des cas dans le Val de Marne.

…vache folle, grippe aviaire, saumons nourris aux cadavres de leurs congénères, je réserve des mouches dans mes frigos, être prudent, pour ne pas manquer, il va falloir réhabiliter l’anthropophagie. J’ai une vieille grand-mère dans le Val-de-Marne, je la mange à la prochaine canicule.

grizxxl on 22.2.06 14:40


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